La chronologie du Coran défie les habitudes : un texte sacré dont l’origine, la transmission et la rédaction restent auréolées de débats, de découvertes récentes, d’hypothèses rivales. Derrière ses 114 sourates, classées par ordre décroissant de longueur, c’est tout un pan de l’histoire musulmane qui s’invite en filigrane. Comprendre ce livre, c’est aussi plonger dans la complexité de l’Islam, armé d’un solide bagage historique et d’une curiosité sans relâche. Car derrière ses versets, les questions abondent, notamment autour de son ou de ses auteurs, et il n’est pas rare que le sujet ressurgisse dans une conversation ou une interrogation soudaine.
Histoire de la création de l’Islam : le prophète Mahomet et ses compagnons
Un livre d’inspiration divine
Le débat ne s’éteint jamais tout à fait autour de qui a ecrit le coran. Les points de vue s’affrontent, les arguments s’affinent, mais une certitude demeure pour les musulmans : le Coran porte la marque d’une révélation divine reçue par Mahomet. Selon la tradition, ce livre aurait été transmis au prophète sur une période de vingt-trois ans, dicté selon la foi, puis consigné grâce à l’aide de ses proches. Pourtant, l’absence de preuves archéologiques solides sur l’époque mecquoise soulève des doutes et nourrit les controverses.
La thèse d’une version orale du Coran
Les recherches récentes remettent en question certains récits transmis de génération en génération. La spécialiste Alba Fedeli, lors de ses travaux à l’université de Birmingham, a mis la main sur deux feuillets du Coran datés entre 568 et 645 de notre ère, selon les analyses au carbone 14. Mahomet ayant vécu de 570 à 632, ces fragments auraient donc été rédigés de son vivant. Cette découverte alimente l’idée que le prophète ait pu jouer un rôle direct dans la transmission du texte. Mais à cette époque, l’écriture restait marginale, et l’usage voulait que le Coran soit mémorisé, pas couché sur le papier. Les textes étaient ainsi transmis oralement, en partie pour préserver leur authenticité et, selon la croyance, pour les protéger d’influences néfastes.
Quelques découvertes scientifiques en rapport avec la rédaction du Coran
Certains chercheurs avancent une autre hypothèse, moins connue du grand public, qui attribue la rédaction du Coran à des prêtres et moines judéo-nazaréens, issus d’une branche judéo-chrétienne appelée les ébionites. On retrouve dans la littérature arabe l’appellation « Nassara » pour désigner ce groupe. Il n’existe aucun élément qui prouve formellement leur appartenance au judaïsme, ce qui pourrait expliquer pourquoi certains passages du texte sacré se montrent critiques envers les juifs et les chrétiens.
Pour mieux cerner cette théorie, il est utile de lister les points qui ont éveillé la curiosité des historiens :
- Des similitudes entre certains passages du Coran et des textes judéo-chrétiens anciens.
- L’existence de communautés « Nassara » dans la péninsule arabique à l’époque de Mahomet.
- Des divergences théologiques qui différencient le Coran des doctrines chrétiennes et juives classiques.
L’historien Edouard-Marie Gallez, par exemple, s’est penché sur le sujet dans son livre « Le messie et son prophète aux origines de l’Islam », publié en 2005. D’après ses recherches, les Nassara auraient posé les premières pierres du texte coranique, confirmant ainsi l’existence d’une influence judéo-nazaréenne lors de la genèse du Coran.
À travers ces pistes, le Coran apparaît moins comme un monolithe tombé du ciel que comme un texte vivant, nourri de traditions orales, de contacts entre communautés et de contextes historiques mouvants. Qu’on se place du côté de la foi ou de la recherche, une chose est sûre : le mystère de ses origines continue de fasciner et d’attiser la réflexion. Les pages du Coran n’ont pas fini de livrer leurs secrets, et chaque découverte ouvre la porte à de nouvelles interrogations, aussi passionnantes qu’inattendues.

