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Partenariat Chine-Afrique et Nouvelle Route de la Soie :

Le message du Président Adrien Houngbédji aux décideurs du monde à Barcelone

Par F. Z. OKOYA, 7 juillet 2017 à 01:37 | 61 lectures
  

Les assises de la 28ème Session du Forum de Crans Montana ouverte le
mercredi 05 juillet 2017 se poursuivent en terre espagnole. Comme
annoncé, la délégation de parlementaires présents à Barcelone y prend
une part importante. C’est à juste titre donc que le chef de cette
délégation, le président de l’Assemblée nationale, Me Adrien
Houngbédji a pris la parole à ce forum ce jeudi 06 juillet pour
adresser solennellement aux décideurs du monde à divers niveaux, son
message sur le partenariat Chine-Afrique et la Nouvelle Route de la
Soie.

Voici ce que pense le président Adrien Houngbédji de la portée
économique et politique de ce projet qu’est la Nouvelle Route de la
Soie et ses propositions pour que l’Afrique en sorte gagnante.

DISCOURS DU PRESIDENT L’ASSEMBLEE NATIONALE AU FORUM DE CRANS MONTANA
Barcelone le jeudi 06 JUILLET 2017

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Avant tout propos, je voudrais remercier les organisateurs des assises
de la 28ème Session du Forum de Crans Montana qui rassemble les pays
de la Route de la Soie, de la Méditerranée, d’Afrique et du
Moyen-Orient.
Je voudrais en particulier remercier Monsieur Pierre-Emmanuel QUIRIN,
Président dudit forum dont l’importance depuis presque trois décennies
n’est pas à démontrer.
Le parlement béninois se félicite de sa participation aux travaux de
Barcelone (Espagne) qui abordent les questions majeures en lien étroit
avec la paix, la stabilité et le développement qui se posent
aujourd’hui à la communauté internationale. Mon souhait est de voir
l’humanité plus à l’écoute de la nature et de la terre à travers la
solidarité internationale. Une humanité à l’écoute de l’humanité.

Mesdames et Messieurs,
Il ya plus deux millénaires maintenant, des commerçants d’Asie
centrale et d’Europe ont ressenti le besoin de se rencontrer pour
échanger des biens. Naissaient alors les premiers tracés devenus
célèbres sous le nom de Route de la Soie. C’est le besoin de l’échange
qui créa la rencontre. Les entités politiques de l’époque prient alors
la décision stratégique d’enrichir cette rencontre, en créant les
infrastructures qui la facilitent et l’optimisent.
En prenant connaissance, de l’ambition du gouvernement du Président Xi
Jinping de construire une Nouvelle Route de la Soie en 2013, j’ai
d’abord été frappé par la portée économique et politique du projet.
Au-delà du symbole fort du repositionnement d’un géant au centre de
l’économie, la Chine réaffirmait son attachement au principe politique
qui a guidé les pas des commerçants de l’historique Route de la Soie
et prenait la décision stratégique de créer les infrastructures qui le
soutiennent.

Mesdames et Messieurs,
Je viens d’un continent où la présence de la Chine en tant que
partenaire économique n’a cessé de se renforcer depuis une dizaine
d’années. Qu’il s’agisse de mines, de pétrole ou d’énergie ; qu’il
s’agisse de l’industrie des télécommunications ou des BTP, les
investissements chinois en Afrique sont de l’ordre de 3000 milliards
de dollars et sont en continuelle croissance depuis le début des
années 2000. Ils s’expriment par l’intense activité de milliers
d’entreprises chinoises, (plus de 2500 sur le continent en 2016), et
par l’implication du gouvernement dans le financement de l’aide au
développement.
Mais la Chine a jusque-là, adressé aux pays africains, un discours
économique individualisé, qui s’inscrit pour l’essentiel dans le cadre
et les aléas de relations bilatérales.
Dans un monde globalisé, où les acteurs sont de plus en plus réticents
à dialoguer seuls avec des interlocuteurs souvent réunis en
communautés économiques, unions régionales, et autres regroupements
d’intérêts, le cadres des relations bilatérales, utiles certes,
devient un espace d’échanges étriqué, restreint qui ne peut s’enrichir
des potentialités grandissantes d’économies à échelle plus large.
La Nouvelle Route de la Soie revêt une autre signification dans le
nouveau rapport qu’elle vise à instaurer entre la Chine et l’Afrique :
elle vise à être le début d’un partenariat global où les
interlocuteurs parlent un langage commun, celui de la co-croissance
nourrie par les échanges économiques.
Ce langage, commun, l’Afrique le parle déjà de par sa riche tradition
d’interpénétration politique et économique. Les regroupements
régionaux comme la Communauté Economique des Etats d’Afrique de
l’Ouest (CEDEAO) dont le Bénin mon pays est membre, font partie des
articulations de ce langage commun. La liberté de circulation des
personnes et des biens au sein de la CEDEAO, crée des espaces élargis
d’échanges et rencontre.
Les législations et procédures administratives tendent à se rencontrer
elles aussi, dans de grands ensembles harmonisés. C’est le cas des
procédures comptables et autres législations commerciales, dans le
cadre de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des
Affaires (OHADA).
De même, des entreprises et institutions financières s’intègrent au
sein de marchés boursiers régionaux comme la Bourse des valeurs
mobilières de l’Afrique centrale, ou la Bourse régionale des Valeurs
mobilières en Afrique de l’Ouest.
Et ce sont les peuples africains qui restent les premiers vecteurs de
cette interpénétration, tant la transversalité des cultures et des
langues fait de nos frontières des espaces de rencontre plus que des
lignes de démarcation. Tout ceci contribue à légitimer la double
interrogation à laquelle je voudrais nous inviter à réfléchir au cours
de ces deux (02) journées de discussions : qu’est-ce-que la Nouvelle
Route de la Soie peut apporter à l’Afrique ? Qu’est-ce-que l’Afrique
peut apporter à la Nouvelle Route de la Soie ?

Mesdames et Messieurs,
Mon objectif, vous en doutez, n’est pas d’instaurer une hiérarchie
entre deux interrogations, et donc une hiérarchie entre les réponses.
Au contraire, j’estime que ces interrogations constituent une unique
problématique.
En effet, les avantages que la Nouvelle Route de la Soie est
susceptible d’apporter au continent africain, ne s’apprécient de façon
pertinente que lorsque nous les mettons en miroir avec ceux que
l’Afrique est susceptible de lui apporter en retour, dans la dynamique
d’échange saine et objective où chaque interlocuteur sait pour ainsi
dire, ce qu’il en coûte.
Pour jeter les bases de cette réflexion, il est utile de s’intéresser
au tracé géographique de la Nouvelle Route de la Soie certes, mais
aussi à la valeur qui y sera échangée et aux nouveaux rapports
politiques et économiques dont elle sera le vecteur.
Le tracé africain de la Nouvelle Route de la Soie décrit par lui-même
le positionnement du continent dans ce gigantesque projet économique
chinois. Pour rappel, la partie Est du continent bénéficiera
d’importants investissements dans ce cadre. Les ports, voies ferrées
et routes qui seront ainsi financés par la Chine dans une dizaine de
pays du continent, mobilisent près de la moitié des investissements
prévus.
Si Pékin privilégie la construction de cette ceinture de ports
africains, c’est non seulement pour la raison que 90 pour cent de ces
échanges avec le continent se font par voie de mer, mais aussi parce
que qu’il est possible, je dirais même nécessaire, de faire des côtes
du continent, les hubs logistiques auxquels leur positionnement
géographique les destine.
Il s’agit d’une promesse de forte croissance de l’offre d’emploi et de
formation à travers le continent d’une part et d’une invitation des
pays africains à continuer leurs efforts vers la création
d’environnements politiques, juridiques et des affaires, propices à la
circulation de la valeur.

Mesdames et Messieurs,
Les caravanes de commerçants chargées d’épices, de pierres précieuses
et d’étoffes rares qui traversaient les plaines d’Asie centrale en
direction de la Rome antique sur la première Route de la Soie, étaient
à peu de chose près, chargés des mêmes valeurs, des mêmes aspirations
que celles qui aujourd’hui, sur les océans et dans le flanc des
navires, aliment les échanges de l’Afrique avec le reste du monde.
Il s’agit d’un même projet politique pacificateur des échanges
commerciaux, que résume l’expression de « doux commerce » que l’emprunte
à Montesquieu. Il s’agit tout aussi bien d’un positionnement politique
clair en faveur d’un monde plus intégré et plus ouvert. C’est pourquoi
il m’est impossible de ne pas entrevoir la responsabilité des
politiques et décideurs africains dans la définition et les modalités
de ce dialogue avec la Chine et avec leurs autres partenaires en
général.
Certes les ambitions de la Chine en Afrique sont à juste titre d’abord
orientées par le profit commercial…et militaire puisque deux ports
africains dont Djibouti abriteront des bases de l’armée chinoise. Mais
en le rappelant, je m’inscris aussitôt dans le même ordre de pensée
que Joseph Stiglitz pour qui les échanges commerciaux et plus
globalement l’économie ne sont pas des jeux à somme nulle. Oui, il est
possible et nécessaire que le continent africain soit tout aussi
gagnant que son partenaire chinois. L’instauration d’une relation de
confiance et de lucidité me parait indispensable.
A l’objectif de profit réciproque s’ajoute l’objectif de préserver
notre environnement et nos espaces de vie : les Etats et les peuples
africains se doivent d’être particulièrement exigeants sur ce plan.
C’est pourquoi, je voudrais saluer l’engagement de la Chine dans
l’élaboration et la signature de l’historique accord de Paris sur les
changements climatiques. Le rôle de Pékin dans l’aboutissement de la
Cop 21 témoigne de sa volonté de faire de l’environnement un enjeu de
développement.
Il nous appartient au total d’établir les normes qui permettent au
continent de tirer le meilleur avantage de la Nouvelle Route de la
Soie. Je félicite le Forum de Crans Montana d’engager cette discussion
prospective. Je ne doute pas de la richesse des échanges qui auront
lieu ici.
Je vous remercie



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