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Réformes du système sanitaire au Bénin ( Opinion)

Dr Albert Hounou, un béninois de l’extérieur, pose un diagnostic imposant

(Lire ses 09 propositions pour une meilleure qualité des services de santé)

Par Présentation : la Redaction, 3 mai 2017 à 04:28 | 118 lectures
  

Médecin généraliste à Burlats, en France où il travaille en libéral depuis 21 ans après des études à la faculté de médecine de Bordeaux, Dr Albert Hounou fait l’état des lieux sur le système de santé de son pays, le Bénin. Après un examen minutieux de la situation actuelle des centres de santé de son pays natal, le président de l’Amical sanitaire Franco-béninoise pose un diagnostic imposant. De la création d’un secrétariat de la santé en passant par la télémédecine sans oublier la mutuelle de la vie, Dr Albert Hounou fait des propositions pour une meilleur lendemain du système de santé au Bénin. Lisez plutôt.

Je tiens à rendre hommage à tout le personnel béninois de la santé, pour leur dévouement et leur sacrifice pour le bien-être de nos concitoyens.
Mes idées et propositions sont réunies dans mon livret « un souffle pour la santé des béninois » à paraître en février 2018. Je vous en livre ici les grandes lignes.

État des lieux

Les 10 millions de béninois sont soignés par 502 médecins, 2839 infirmiers et 1056 sages femmes. Ces chiffres sont insuffisants mais c’est surtout leur répartition et la qualité des infrastructures qui nous pénalisent. On est mieux soigné de nos jours à Porto-Novo, Abomey, Cotonou, Parakou, Natitingou et Ouidah qu’à Toviklin, Lalo, Dogbo et bien d’autres communes rurales du pays. En ce qui concerne les centres de santé et les hôpitaux, inutile de parler de leur nombre. Car un seul très bon centre comme celui de Tanguiéta vaudra toujours mieux que dix autres qui délivrent des soins moyens.
L’espérance de vie au Bénin est autour de 50 ans, la mortalité, surtout infantile, est des plus élevée au monde !

b) le made in « ailleurs »

Quelques années après notre indépendance, dans les années 1970, le magasin Monoprix à Cotonou proposait entre autres des pommes de terre. En rupture de stock de ce légume importé de France, les responsables mirent en vente des pommes de terre cultivées au Bénin. Pendant 15 jours, pas un atome ne fut vendu. Intrigué puis agacé par cette attitude des clients, le chef de rayon changea l’étiquette en « pomme de terre de France ». En moins de 2 jours tout fut vendu et l’histoire précise que personne n’eût trouvé à redire sur la qualité. Ce snobisme ridicule de ces pseudo-bourgeois est symptomatique de la mentalité, les préjugés qui ont envahi notre subconscient et qui font de nous des consommateurs tout crin qui ne cherchent jamais à rien fabriquer.

Alors que notre pays compte bon nombre d’artisans soudeurs et menuisiers pouvant concevoir des cannes anglaises, des tables d’examens, des lits d’hôpitaux, nous préférons les importer d’Europe. Un conteneur de lits français donnés gratuitement reviendrait au minimum à 4 millions de FCFA. Cette somme permettrait à des artisans béninois d’en produire quatre fois plus et de gagner leur vie ! Le coton en pharmacie venu de France est vendu 850 F le paquet de 250g, alors qu’on achète le coton brut à nos paysans 250F le kg ! A qui peut-on faire croire que le Bénin n’est pas capable de fabriquer l’alcool, le coton et les compresses, les compléments alimentaires et autres laits de bébé ? On en vient à importer des produits vivriers du Burkina Faso. Un comble pour un pays qui pourrait être le grenier de l’Afrique noire et dont les terres sont plus arables et la pluviométrie bien meilleure !

c) les évacuations sanitaires

Certains béninois ont la chance de se faire évacuer en France pour se faire soigner par l’état béninois.Des privilégiés !Tant mieux pour eux. Le traitement d’un cancer du sein ou de la prostate coûte à l’état entre 15 et 40 millions de FCFA. Le résultat est de trois ordres : la guérison, la chronicité ou le décès. A l’échelle nationale, ces évacuations sont une goutte d’eau dans l’océan mais reviennent plus chers que ce que l’Etat dépense pour la majorité de sa population. Je pense que notre pays est capable, comme pour le Ghana, de construire un hôpital spécialisé dans les soins des cancers qui sont de plus en plus nombreux. En tout cas, l’Etat dépense plus de 3 milliards Cfa sur 2 ans pour soigner même pas 100 personnes. Dans le cadre de ces évacuations sanitaires les habitants des communes pauvres sont livrés à leur sort.

d) la question des médicaments

La question de la disponibilité des médicaments n’est plus à démontrer. On n’en a pas suffisamment. La nature ayant horreur du vide, les faux médicaments ont envahi l’espace sanitaire du pays.

e) les médecins béninois à l’étranger

Nicolas Sarkozy, ancien président français (2007-2012), en a fait un des ses thèmes favoris de campagne. Il dénonce sans cesse les « médecins béninois » plus nombreux en France qu’au Bénin. Il n’a pas tort puisqu’il y a une vérité flagrante dans cette situation. Notre pays peut-il se permettre de se passer de cette frange de sa population ? Nous sommes très nombreux en France, au Canada, au Gabon, Togo, etc. ..., nous pouvons être très utiles.

Mes propositions pour la redynamisation du système de santé au Bénin

a) la création d’un secrétariat à la santé

Ceci peut émaner ou non du CNS (conseil national de la santé) avec à sa tête un secrétaire dynamique capable de faire bouger les lignes, de rendre visite à tous les médecins de l’étranger et aux laboratoires pharmaceutiques et de les motiver. Je connais la plupart de mes confrères médecins, tous décidés à aider le pays mais ils ont toujours le sentiment de n’être utiles à rien dans leur propre pays ! On peut discuter et faire des choses constructives pour le pays.

b) la création de Fond de solidarité de la santé

Le fond de solidarité de la santé sera créé et alimenté par les béninois de l’étranger, médecins, pharmaciens, avocats ou non. Le secrétaire à la santé devra imaginer les moyens de les solliciter et je suis persuadé qu’ils seront contents d’aider le pays par ce biais, fût-il pour 100 €uros par an. On pourrait ainsi récolter rapidement un fond de plusieurs dizaines de millions.

c) la télémédecine

Il s’agit de faire des diagnostics et ordonner des soins à distance après recueil par internet des données symptomatiques, biologiques et éventuellement radiologique. C’est une aide précieuse surtout dans les centres où le nombre de médecins est insuffisant.
Tolado (le centre de Dogbo qui ouvrira en février 2018) à déjà son centre en Charente-Maritime en France. On pourrait le généraliser dans le pays.

d) la mutuelle de la vie

Ce point est plus expliqué dans mon livre qui reprend certaines propositions du RAMU. Le Fond de solidarité de la santé (Fss) pourrait fortement contribuer à son développement. Je rappelle que cette mutuelle luttera aussi contre les cérémonies funéraires ruineuses et inutiles. On cotisera pour se soigner et non plus pour enterrer les morts.

e) la médecine traditionnelle

Valoriser ce volet de notre médecine est un devoir. J’ai d’ailleurs écrit un livre à ce sujet en 2004 (« la dragée et le charlatan » Docteur Albert Hounou, FNAC France).

f) une économie de la santé

Le CNS pourrait créer un groupe interministériel (santé, économie, travail) pour plancher sur la création de groupes privés ou publics de fabrication de tout ce qui peut l’être.Ce sera difficile me dira-t-on. Mais les choses faciles exposent l’Homme à la médiocrité et à une existence sans aspérité. Le Vietnam, le Cambodge, le Nicaragua, Honduras, etc. …, disposent d’industries légères fabriquant tout ces produits. Les jérémiades contre les faux médicaments ne résoudront pas ce problème.
Notre pays doit produire du paracétamol, de l’ibuprofène, certains antibiotiques, des antispasmodiques, des bêtamimétiqueset des anti-diarrhéiques qui sont essentiels pour la médecine moderne. La Tunisie, l’Inde, le Maroc et certains pays pauvres en sont venus là. L’Amicale Sanitaire, que je préside, est en discussion avancée avec deux laboratoires, mais l’Etat béninois devra s’impliquer le moment venu.

g) la problématique des salaires

La qualité des soins a un coût. Notez que c’est la principale pierre d’achoppement de la question de l’exil des médecins. Le salaire d’un médecin béninois n’est même pas égal à l’allocation de logement des médecins d’autres pays d’Afrique Noire, pas forcément plus riches. C’est une question de volonté politique et si l’on veut un bon rendement des personnels de santé, il faut y mettre le prix. Certains médecins béninois n’ont même pas de voiture pour leurs déplacements professionnels !

h) la formation médicale continue

La formation médicale continue des médecins, infirmiers, sages-femmes et autres soignants doit être renforcée. On peut et doit pouvoir informatiser les dossiers médicaux. Ceci permettrait de faciliter la télémédecine et profiter des progrès scientifiques universels.

i) les centres de secours « Pompiers »

Ce n’est pas un luxe. Un département comme le Couffo ne dispose pas d’un centre de secours. On pourrait former rapidement des jeunes gens au secourisme, créer des structures (pas forcément sophistiquées) avec des équipements de base pour le secours à la population. C’est un devoir envers les contribuables.

Docteur HOUNOU Albert

Le 28 avril 2017.



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